montligeon.org   EN | ES | IT | PT | DE | NL | PL | RU | LV | 中文 | العربية | Boutique


Qu’est-ce qu’un jubilé ? imprimer


L’origine du jubilé

Le mot Jubilé tire son origine de l’hébreu jobel (la corne de bélier) puis du latin jubilare (se réjouir).

En effet, selon la Loi transmise à Moïse, la sonnerie de cette corne introduisait tous les cinquante ans la solennité de l’année du jubilé :


« Tu compteras sept semaines d’années, sept fois sept ans, c’est-à-dire le temps de sept semaines d’années, quarante-neuf ans. Le septième mois, le dixième jour du mois tu feras retentir l’appel de la trompe (…). Vous déclarerez sainte cette cinquantième année et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays. Ce sera pour vous un jubilé : chacun de vous rentrera dans son patrimoine, chacun de vous retournera dans son clan. Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire : vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas les épis qui n’auront pas été mis en gerbe, vous ne vendangerez pas les ceps qui auront poussé librement. Le jubilé sera pour vous chose sainte, vous mangerez des produits des champs.” (Lévitique 25, 8-12)

De même Israël devra respecter l’année sabbatique (tous les sept ans) : « lorsque vous entrerez au pays que je vous donne, la terre chômera un sabbat pour Yahvé (…) Ce sera pour la terre une année de repos. » (Lv 25, 2 & 5)

Les années saintes sont donc directement liées à la loi de la terre d’Israël : la Terre promise lui a été donnée pour domaine, au terme de quarante années dans le désert (le premier Exode, sortie des Hébreux d’Egypte). L’homme est donc devenu sédentaire et « fermier » de Dieu sur un sol où il reste « étranger et hôte » et soumis à certaines obligations (laisser glaner le pauvre et l’étranger, mettre les terres en jachères, les redistribuer de façon équitable, etc.).

Cette loi de la terre, à la fois religieuse, économique et sociale, différencie Israël des païens qui l’entourent. Elle doit aussi lui apporter la grâce de Dieu et la joie : pendant les années saintes, l’homme ne vit plus de son travail mais des fruits de la terre, réminiscence du jardin d’Eden et préfiguration du Paradis.

Cela n’empêchera pourtant pas le peuple – malgré les mises en garde des prophètes (Isaïe, Ezéchiel, Jérémie, Osée…) - de se détourner de Dieu et de revenir aux idoles. Il perdra finalement sa terre au milieu des angoisses de la guerre, subira un nouvel Exode et soixante-dix ans d’Exil à Babylone (597 à 539 av. J.-C.).

La dimension eschatologique

Cette terre promise aux Hébreux, c’est à la fois celle qui fut promise à Abraham et à sa descendance (« Compte sur Yahvé et agis bien, habite la terre et vis tranquille » Ps 37,3), mais aussi une terre d’une autre réalité, plus haute, qu’Israël recevra avec le message de Jésus : « Heureux les doux, car ils possèderont la terre » (Mt 5, 4).

Au-delà des images liées à la terre que l’on trouve dans les paraboles (le semeur et la moisson, la vigne et le figuier, l’ivraie et le grain de sénevé, le pasteur et ses brebis…), Jésus annonce, par la terre, la possession de biens spirituels : le royaume terrestre fait place à la réalité qu’il préfigurait : le Royaume des Cieux (« Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux » Mt 5, 3).

Au cœur de la terre d’Israël, Jérusalem préfigure la Jérusalem Céleste, dans laquelle, ressuscités, les élus vivront éternellement auprès du Seigneur dans un bonheur absolu. La Cité de Dieu (cf. Apocalypse 21, 9-27), qui vient d’en haut, est déjà en préparation sur terre dans l’Eglise.

Et de même que Dieu a subvenu aux besoins de son peuple en lui offrant la manne, pain du ciel, lors du premier Exode, et les produits de la terre pendant l’année jubilaire, Jésus va prendre le pain, fruit de la terre, pour laisser ici-bas sous un signe la présence de son Corps.

La dimension eschatologique de la terre promise aux Hébreux est donc essentielle pour comprendre l’année jubilaire, invitation à la célébration de noces terrestres et célestes.

L’Eglise et le jubilé

Reprenant la tradition biblique, le pape Boniface VIII proclame l’année 1300 année jubilaire avec rémission complète des péchés (indulgence plénière) à ceux qui visiteront dans le délai de quinze jours consécutifs les tombeaux des apôtres Pierre et Paul : de toute l’Europe, les pèlerins affluent à Rome. (cf. "22 février 1300, le pape Boniface VIII proclame le Jubilé" fresque de Giotto au Latran)

Période de pardon, de conversion et d’efforts spirituels, les jubilés - ou années saintes - sont associés à la visite des lieux saints, à la pratique du jeûne, de l’aumône et de la prière, à la confession et à la communion sacramentelle. Un des éléments constitutifs de l’année jubilaire est l’indulgence : plénière ou partielle, « en elle se manifeste la plénitude de la miséricorde du Père, qui vient à la rencontre de tous avec son amour, exprimé avant tout par le pardon des fautes. (Jean Paul II, Bulle d’indiction "Incarnationis mysterium", ch. 9)

Un Jubilé extraordinaire, pour le 1950e anniversaire de la Rédemption du genre humain, a été célébré par Jean Paul II en 1983 et le dernier jubilé, commémorant le mystère de l’Incarnation de Jésus-Christ et adressé "à tous les fidèles en marche vers le troisième millénaire" et vers la Terre promise, en l’an 2000 : "L’entrée dans le nouveau millénaire encourage la communauté chrétienne à élargir son regard de foi vers des horizons nouveaux pour l’annonce du Règne de Dieu. (…) Cette prise de conscience engage la communauté des croyants à vivre dans le monde en sachant qu’il faut être "le ferment et pour ainsi dire l’âme de la société humaine destinée à être renouvelée dans le Christ et à être transformée en famille de Dieu" (Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n° 40). En annonçant Jésus de Nazareth, vrai Dieu et Homme parfait, l’Eglise ouvre à chaque être humain la perspective d’être "divinisé" et ainsi de devenir davantage homme (Ibid. n° 41). C’est là l’unique voie par laquelle le monde peut découvrir la haute vocation à laquelle il est appellé et la réaliser dans le salut opéré par Dieu." (Jean Paul II, Bulle d’indiction "Incarnationis mysterium", ch. 2)


A lire absolument pour connaître et comprendre le jubilé :
- Bible, Pentateuque, Livre du Lévitique ch. 25 : Les années saintes
- Jean Paul II, A tous les fidèles en marche vers le troisième millénaire "Incarnationis mysterium", Bulle d’indiction du grand Jubilé de l’An 2000, Centurion/Cerf/ Fleurus-Mame, collection Documents des églises, 1998 et sur www.vatican.va