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Accueil du site > Actualités > Messe en action de grâce du père Paul Préaux

Messe en action de grâce du père Paul Préaux imprimer


Le père Paul Préaux avait choisi la date du 4 juillet pour célébrer une messe en action de grâce pour les quinze années accomplies au Sanctuaire notre-Dame de Montligeon (dont 9 en tant que Recteur)et pour confier sa nouvelle mission au poste de Modérateur de la Communauté Saint-Martin.

Cette date du 4 juillet est importante à ses yeux, c’est en effet la date anniversaire de son ordination (il y a 21 ans).


En cette occasion et pour montrer leur attachement et leur reconnaissance plus de 700 fidèles étaient venus prier avec lui.
A l’issue de cette messe, les pères Jacques Roger au nom du diocèse et le père Anne Guillaume Vernaeckt au nom des amis du Sanctuaire et des prêtres qui l’on accompagné à Montligeon ont rendu hommage à l’homme qui avec son humour habituel a fait remarquer qu’il se sentirait dans sa nouvelle fonction plus « impulseur » que modérateur.
Trois cadeaux lui ont été offerts : une magnifique chasuble en tissu moiré sur laquelle est brodée la vierge de Notre-Dame de Montligeon, un tableau réalisé par Catherine Roch représentant l’intérieur de la basilique, et deux livres sur le Perche.

Homélie du 04 juillet 2010 Messe d’action de grâce à la Basilique ND de Montligeon

« Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». (Evangile du jour)
Chers frères et sœurs, Vous êtes venus nombreux ce matin rendre grâce avec moi pour ces 15 années de ministère presbytéral vécues au service de ND de Montligeon, de ses nombreux pèlerins et membres fidèles.

En premier lieu, je voudrais avec vous tous rendre grâce au Seigneur pour le don extraordinaire de la vie éternelle. Déjà le don de la vie est un grand cadeau que le Seigneur nous fait, mais celui de partager sa propre Vie pour l’éternité, son intimité trinitaire est encore plus merveilleux, inimaginable.
« Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les Cieux ». Nous en avons la certitude du côté de Dieu, car Il nous aime jusqu’au bout et Il nous a tout donné pour que nous puissions l’obtenir, et nous en avons l’espérance de notre côté, car nous savons aussi qu’au don de Dieu doit correspondre la générosité de notre réponse.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître Montligeon est un lieu de vie extraordinaire, un lieu où l’on apprend que tous les actes de notre vie humaine habités par l’Amour ont un poids d’éternité, et nous prépare jusqu’à l’excès « une masse éternelle de gloire » selon les mots de S. Paul .
Il n’y a pas de plus grand bonheur dans cette vie terrestre que de conduire les hommes à découvrir ce projet inouï de Dieu, à réveiller la foi, soulever l’homme de l’inertie et du désespoir, donner l’espérance que Dieu est proche et guide notre histoire personnelle et celle du monde.

La foi nous donne l’audace d’accueillir le projet d’amour de Dieu. Eclairés par la Parole de Dieu, nous savons que notre vie n’est pas conduite par les forces aveugles du destin, que nous ne sommes pas le fruit du hasard, mais que notre vie a un sens, elle a une finalité. Ce sanctuaire – avec sa majestueuse basilique dont les flèches sont pointées vers le ciel - rappelle à nos contemporains la vraie finalité de notre vie sur terre. Il rappelle que rien ne pourra combler le cœur de l’homme si ce n’est Dieu lui-même, son créateur. « Tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur ne trouvera le repos qu’en toi seul » (cf. S. Augustin). Cette finalité surnaturelle ne déprécie nullement notre vie terrestre, mais en donne précisément toute sa valeur, sa vraie perspective, son enjeu dans l’amour. Ce don de Dieu, immérité et insoupçonné, passe aussi par des médiations humaines. C’est un autre grand mystère de la foi auquel le sanctuaire ND de Montligeon m’a rendu très sensible : le grand mystère de la Communion des saints. Non seulement, Dieu veut nous partager son Bonheur, nous a créé pour ce Bonheur, mais Il souhaite que nous y arrivions les uns avec les autres, les uns par les autres. Dans la vie de Dieu, nul n’est une ile. Nous sommes en cordée, une gigantesque cordée dans la quelle chacun est relié aux autres par le lien de la charité. Par conséquent, nul n’est totalement démuni, ni totalement impuissant.
J’en profite alors pour remercier très chaleureusement toutes les personnes salariées et bénévoles, au sein des conseils d’administration, ou dans les divers secrétariats, ici au sanctuaire ou au sein de la vaste Fraternité ND de Montligeon, les prêtres, religieuses et laïcs qui m’ont aidé à porter haut et loin ce grand sanctuaire et sa Fraternité de l’Espérance. Oui, vraiment merci du fond du cœur ! Nous avons travaillé « ensemble et pour l’éternité » (3ème prière eucharistique).

Nous sommes riches de l’amour des autres, nous sommes enrichis de la lumière des autres. Nul ne peut tout faire dans sa propre vie, mais nous sommes riches des expériences et des potentialités des autres. Vous connaissez sans doute cette anecdote du Curé d’Ars. Il venait de confesser un grand pécheur prêt apparemment à accepter n’importe quelle pénitence. Le bon curé lui en imposa une, bien modeste, mais le pécheur se récria. Alors l’abbé Vianney eut ce mot : « soyez sans crainte, je ferai ce qui manque ». Eh bien ! L’Eglise toute entière peut suppléer à ce qui manque chez nos frères vivants ou défunts. C’est une chose merveilleuse, elle peut faire dériver sur eux le trop plein d’amour et de sainteté accumulé par les saints du Ciel et de la terre.

L’Eglise a reçu le pouvoir de lever l’écluse quand les eaux sont trop basses d’un côté pour atteindre l’autre. Dieu a voulu cette péréquation des mérites entre l’Eglise visible et l’Eglise invisible. Dans un tel échange, il n’y a que des gagnants. C’est une réalité magnifique que la communion des saints. Dans l’Eglise, c’est comme dans les océans, tout communique de façon souterraine. C’est grâce aux mérites des uns que les autres peuvent se relever et se sauver. Devant Dieu, nul n’est tout a fait démuni, car on est encore riche du trésor amassé par les autres et confié au Seigneur dont le Cœur est assez grand pour n’oublier personne. Dans l’Eglise, c’est la Messe qui opère le jeu de l’écluse. A travers le Christ, ceux qui ont trop partage avec ceux qui n’ont rien. Même l’offrande d’une messe particulière s’effectue toujours pour le bien du Corps tout entier. Nos cloisonnements terrestres n’existent plus dans la vie de Dieu. L’Eglise ressemble à la tunique sans couture où tous les fils sont liés les uns aux autres. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « souvent, sans le savoir, les grâces et les lumières que nous recevons sont dues à une âme cachée, à un saint ignoré, qui nous tendent au bon moment une main secourable ».

Entre dans la joie de ton Maître ! Cette invitation de Jésus aux hommes de bonne volonté qui, dès cette terre auront choisi de l’aimer par-dessus tout, m’a toujours beaucoup interpellé. Dieu nous invite à la Joie, parce qu’il nous partage ce qu’Il est lui-même : Dieu est JOIE. Jésus, nous relate S. Jean, est venu dans ce monde, nous a donné la Parole pour que nous ayons la JOIE et la JOIE en abondance (cf. Jn 15, 11 ; 17, 13). Nous sommes invités à entrer dans la joie de Dieu. Laissez-vous habiter par la joie du Seigneur ! Que votre joie soit rayonnante de l’Amour du Seigneur. Bien sûr la joie sur terre n’est pas celle du Ciel du fait que nous cheminons encore dans la foi et à travers les épreuves. Mais la joie chrétienne peut coexister avec les souffrances : « Je trouve ma joie, dit S. Paul, dans les souffrances que j’endure pour vous, je complète dans ma chair les souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Eglise ». C’est la joie d’un enfantement surnaturel à la vie de Dieu en nous et dans les autres. Nous sommes cohéritiers du Christ, mais aussi engagés dans la construction d’un édifice spirituel.

Ici à Montligeon, j’ai approfondi ma relation personnelle avec l’Eglise de l’Invisible. Celle du ciel, comme celle du Purgatoire. Nous avons du mal aujourd’hui à parler du purgatoire, car cette réalité est encore recouverte d’un poids considérable de jansénisme et de peur. NON, le purgatoire n’est pas un camp de concentration dans l’au-delà où Dieu se vengerait de nos égarements. C’est au contraire une ‘invention’ de sa miséricorde divine qui veut que tous les hommes soient sauvés, mais pas n’importe comment. C’est un noviciat pour le Ciel, l’apprentissage de l’amour selon la mesure de Dieu, mais aussi c’est l’infirmerie du Bon Dieu. Au Purgatoire, les âmes découvrent l’Amour infini de Dieu pour elles, et se laissent purifier, guérir, transformer par cette vive flamme d’Amour. Et dans le mystère de la Communion des saints, nous pouvons faire beaucoup pour elles. C’est le sens de la prière pour les défunts que nous vivons quotidiennement au sanctuaire et dans la Fraternité.

Je voudrais conclure cette homélie en évoquant la Vierge Marie invoquée ici sous le beau vocable de ND Libératrice. Le sanctuaire de Montligeon est un sanctuaire marial. C’est une volonté explicite du fondateur, et cela est très important de ne pas l’oublier. J’ai conscience personnellement de tout ce que je dois à cette Mère céleste depuis ma plus tendre enfance. Les chrétiens de tous les temps ont toujours reconnu, en Orient comme en Occident, sa place particulière, celle que Dieu a voulue pour elle, au sein de l’humanité. Marie est vraiment la Mère de l’Eglise, et de ce fait, elle a un rôle très spécial au moment où les humains vivent leur passage de cette vie au Père : « maintenant et à l’heure de notre mort ». Elle engendre dans la foi et la grâce les enfants de Dieu au Royaume des cieux. Elle les prépare et les dispose à l’entrée dans la salle des Noces éternelles.

Amen !