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Chemin d’éternité n°233 imprimer

Le langage des signes


L’importance du geste dans la liturgie africaine Les célébrations liturgiques en Afrique manifestent la splendeur de la foi de l’Eglise. Dans ces célébrations africaines, la première chose qui frappe â l’oeil, ce sont les formes, les revêtements, le rythme qui les animent. Le rythme des chants, accompagnés des Ngoma, des nsakala, des ngongi (des instruments de musique inculturés), anime l’assemblée d’un enthousiasme chaleureux.


Ainsi, l’expression corporelle libérée des inhibitions et contraintes artificielles dessine des mouvements où la danse sacrée se traduit en attitudes, gestes, acclamations et légers balancements du corps.

Ceci nous conduit au cœur de notre problématique â savoir l’importance des gestes dans la liturgie africaine.

L’expression de ça participation de l’assemblée est souvent manifestée dans le chant. Les’ autres gestes ou attitudes sont ordinairement peu mis en exergues. Par exemple : se lever, s’agenouiller, s’asseoir, sourire quand on se donne la paix. Dans la liturgie africaine, le geste, mieux encore la danse permet l’établissement ou le rétablissement de l’harmonie entre les membres de la communauté criante et, l’harmonie avec Dieu qui nous fait prier.

C’est la raison pour laquelle, la danse est entrée dans nos célébrations eucharistiques en Afrique.

Pour tout dire, la liturgie africaine permet de vivre l’Eucharistie, ce grand mystère de la foi, comme une fête. Stimulée par la joie des chants et le rythme du tam-tam, l’assemblée vit pleinement l’Eucharistie comme un temps de réjouissance.

Toute l’assemblée participe avec enthousiasme, elle s’éclate durant la liturgie. Rappelons-nous l’adage latin qui bene cantat bis orat (celui qui chante bien prie deux fois).

La liturgie africaine permet aussi de prier avec le corps. Autrement dit, les mouvements du corps sont l’expression d’une prière. La liturgie africaine rappelle l’importance d’incultures la liturgie eucharistique. Dans ce sens, le rite « zaïrois » nous apprend l’audace de l’inventivité liturgique. C’est ainsi qu’un geste significatif, un chant en lien avec la Parole de Dieu, un instrument de musique local rejoignent mieux les gens dans ce qu’ils vivent. La liturgie africaine est vivante.

Chère Corinne,

J’ai lu avec beaucoup de coeur, d’objectivité et de réalisme votre lettre du 14 août dernier si pleine de coeur,
d’amour et de vérité dans laquelle vous avez bien voulu réagir au sujet de l’article intitulé : « l’importance du geste dans la liturgie africaine »
paru dans le Bulletin Chemins d’éternité n° 233, du mois de juillet/août de cette année à la page 21.


Bien que vous compreniez le fait que dans les cultures africaines, les cérémonies se vivent autrement qu’en France et quelles sont très belles
et j’ajouterais vivantes et donc dynamiques, il y a par contre deux phrases du texte qui vous ont frappé et surpris.
De quelles phrases s’agit-il ? La première phrase la voici :
« Toute l’Assemblée participe avec enthousiasme, elle s’éclate durant la liturgie » et, vous avez souligné le mot éclate.

 

La deuxième phrase qui vous a frappé et surpris est la suivante : « …l’Eucharistie comme un temps de réjouissance ».

 

Se sont donc ses deux phrases que je vais tenter de vous expliquer pour vous aider à mieux comprendre ma pensée et l’importance du geste
dans la liturgie africaine. Mais, pour demeurer fidèle à la suite des idées et dans le souci de garder la cohésion du texte, je le ferai dans l’ordre suivant :
j’expliquerais d’abord en quoi « …l’Eucharistie est comme un temps de réjouissance » pour l’homme africain. Ensuite, je montrerais dans quelle mesure
peut-on dire que dans les célébrations liturgiques africaines « Toute l’Assemblée participe avec enthousiasme, elle s’éclate durant la liturgie ».

Notons aussi que je n’aborderais pas ici l’aspect historique et théologique de l’institution de l’Eucharistie
(toute la question de la Pâque juive, des agapes) par le Christ Jésus.
Au cas où mon m’explication ne vous sied pas, je souhaite (avant d’en parler à un prêtre) que vous m’en parler personnellement.
Car aucune autre personne ne peut répondre à la place de l’auteur de l’article. Avant de commencer, ce travail d’éclaircissement.
je voudrais vous dire que votre réaction ne m’offusque point. Car, c’est le droit des lecteurs de pouvoir demander des éclaircissements sur un article
qui leur pose des problèmes de compréhension. Rassurez vous, je n’ai pas accueilli votre réaction comme une critique.
Mais comme une contribution positive à la compréhension de l’article.
Je profite également de cette occasion pour vous féliciter pour votre fidélité remarquable au Bulletin Chemins d’Eternité. 18 ans de fidélité c’est vraiment louable et significatif.

 

1. La célébration de « l’Eucharistie comme un temps de réjouissance » en Afrique Dans son livre L’Homme de cour, Baltasar Gracian écrivit, « Les jours de réjouissance sont les jours de faveur, parce que la joie du dedans rejaillit au-dehors ». L’homme africain fait sienne et expérimente durant la célébration eucharistique cette pensée de Baltasar Gracian. En fait, en Afrique, la fête c’est l’affaire de toute la communauté. Naturellement, les fêtes donnent lieu à des « réjouissances » populaires qui peuvent durée même plusieurs jours selon la nature et le lieu. Une question se pose ici, comme comprendre l’Eucharistie, comme un temps de réjouissance ? ou encore, comment l’Eucharistie mystère de notre foi et qui est la fois et inséparablement le mémorial sacrificiel dans lequel se perpétuent le sacrifice de la croix, et le banquet sacré de la communion au corps et au sang du Seigneur peut-être vécue en Afrique comme un moment de réjouissance ?

 

En Afrique réjouissance a aussi le sens d’une fête communautaire donnée à l’occasion d’un événement heureux. Mais, qu’est ce qu’il y a derrière le mot réjouissance dans l’imaginaire du chrétien africain ?

 

a).Réjouissance ou manifestation de joie Le mot réjouissance dans le texte signifie manifestation de joie. Est-il mauvais de manifester sa joie durant la célébration du (Sacramentun caritatis) sacrement de l’Amour ? L’Eglise dans sa foi constante enseigne que l’Eucharistie est le don que Jésus-Christ fait de lui-même, nous révélant l’amour infini de Dieu pour tout homme. N’est ce pas là une raison suffisante pour le peuple africain d’être en liesse, de danser, de jubiler durant la célébration du mystère de notre foi ? Le mot réjouissance n’a donc pas ici le sens de divertissement ou d’amusement, de distraction.

 

b).Réjouissance ou la joie collective. Réjouissance peut aussi se comprendre comme la joie collective. Rappelons-nous ce chant d’entrée : « J’étais dans la joie Alléluia quand je suis parti vers la maison du Seigneur…). L’Eucharistie comme célébration ou mieux mémorial du sacrifice du Christ l’unique rédempteur du monde n’est-elle pas un événement heureux ? N’est-il pas normal que l’Eucharistie source et sommet de la foi chrétienne soit célébrée dans l’allégresse ? Pour le théologien congolais Londi Boka di Mpassi : « Les grands moments de cette effervescente (N.B : le mot effervescence est le synonyme de réjouissance) vitalité sont, d’une part, le chant de "Gloire à Dieu" et, d’autre part, les quatre processions (entrée, transfert de l’évangile au chant de l’alléluia, offrande et sortie). Pour tout dire, le mot réjouissance n’a pas ici une connotation profane ou païenne. Mais il signifie manifestation de joie de l’Assemblée qui prie son Seigneur.

 

2. « Toute l’Assemblée participe avec enthousiasme, elle s’éclate durant la Liturgie ». Pour comprendre cette phrase, il faut d’emblée savoir que les danses et les chants rythment la vie de l’homme africain. Il naît et grandit avec l’art et la musique. Ainsi, lorsque l’africain baptisé célèbre son Dieu, celui-ci ne se prive pas de tout ce qu’il possède de naturel dans ce sens. Il ne participe pas à la messe comme un exilé culturel. Mais comme un africain chrétien. Sa danse et son chant, ses gestes et musiques expriment visiblement tout ce que son âme ressent dans sa relation avec Dieu invisible, la source de tout son bonheur. Ainsi, dans la célébration liturgique, les africains participent activement, vibrant de toutes les fibres de leur être par les battements des mains, des tam-tams et autres gestes traditionnels qui les rapprochent de la réalité c’est-à-dire du mystère que l’on célèbre. Mais, ils ne se dispersent pas et donc ne volent pas en morceaux ici et là. Jamais ! Ici, le verbe transitif s’éclater à le sens de resplendir ou encore de rayonner.

 

En somme, en écrivant que dans toutes les célébrations liturgiques africaines l’Assemblée s’éclate mon intention n’était pas de « faire jeune » en voulant utiliser langage des jeunes. Bien au contraire, j’ai voulu montrer la vivacité, la participation active, resplendissante, rayonnante et vivante des chrétiens africains durant la messe. Le « Missel Romain pour les Diocèses du zaïre » insiste sur la participation active de l’Assemblée, l’engagement des fidèles comme par exemple la danse qui est une expression de la foi. Par conséquent, l’Assemblée ne va pas dans tous les sens, mais elle célèbre le mystère de la foi dans la joie des enfants de Dieu. Tout en resplendissant ou en rayonnant à l’instar du Christ le matin de Pâques. Autrement dit, la célébration liturgique africaine n’est pas un spectacle, ni de l’amusement juvénile mais la célébration de toute une vie.

 

Loin d’être une occasion de distraction ou de détente, la célébration liturgique africaine est une prière. Une prière profonde qui unie les zones physiques et spirituelles, favorise l’harmonie entre l’esprit et le corps l’élevant vers Dieu infiniment adorable.

 

Cela va sans dire, la danse lors de la célébration liturgique est différente de la danse traditionnelle ou moderne (il y a une très grande nuance). A la messe l’homme africain ne danse pas comme dans une discothèque. Mais il danse parce que la danse fait partie de sa culture. C’est d’ailleurs l’expression de sa foi au Dieu trois fois saint. Ceci dit, l’unité n’est pas en cause ici. Au contraire, le chant, la danse et la joie font que le rythme de l’Eucharistie se vit très bien. En Afrique, comme l’affirme le cardinal Kasper :

« comprendre l’Eucharistie comme sacrement de l’unité n’est pas quelque chose d’accessoire. L’unité de l’Église est ce pour quoi l’Eucharistie existe ».

L’unité de l’Église, rappelle le cardinal Kasper, est un don de l’Esprit Saint qui est donné à l’Église de façon inadmissible ; elle ne peut pas être détruite par la faute des hommes resplendissent ou rayonnent de joie durant la messe. Resplendir de ferveur ou mieux rayonner de joie n’est pas en fin de compte un scandale, ni une infidélité liturgique.

Ici, je pense à deux textes du Magistère de l’Église, c’est-à-dire à la Lettre encyclique Ecclésia de Eucharistia de Jean-Paul II et à l’Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis de Benoît XVI. Ces deux textes sont considérés aussi par l’Eglise-famille de Dieu ou bien l’Eglise d’Afrique comme très éclairants et même fondamentaux pour une bonne réception et une meilleure compréhension de l’Eucharistie notamment comme source d’unité et de communion.

 

L’Eucharistie est le mystère de la foi, le chrétien africain n’a pas d’autre disposition à y apporter que la foi. Notre Seigneur a institué ce sacrement à un titre déterminé ; il nous enrichit de la grâce, c’est bien vrai, mais il veut aussi nous faire rentrer dans l’unité, c’est pourquoi il dit à son Père : « Qu’ils soient un comme nous sommes un ! »(Jn 17, 22).

 

Ce corollaire nous pousse à dire qu’en vue d’une participation plus efficace des chrétiens africains à l’Eucharistie, le premier Synode africain a souhaité la promotion d’une plus grande inculturation dans le cadre de la célébration eucharistique, tenant compte des possibilités d’adaptation offertes par le Missel Romain, des critères fixés par la IVème Instruction de la Congrégation pour le culte divin en vue d’une juste application des constitutions conciliaires sur la liturgie de 1994, et des directives exprimées dans l’ Exhortation post-synodale Ecclesia in Africa.

 

A cette fin, les Conférences épiscopales africaines avec prudence assument la pleine responsabilité de développer l’inculturation en favorisant un juste équilibre entre critères et directives déjà publiés, et les nouvelles adaptations. La vérité est que : la mise en exergue de ces critères et directives font de la célébration de l’Eucharistie en Afrique une manifestation de joie collective avec une participation enthousiaste, vivante, resplendissante et rayonnante de l’Assemblée durant la liturgie.

 

Père Nazaire MABANZA
Responsable du Secrétariat Notre-Dame de Montligeon
en Afrique Francophone et Madagascar